Ce que l’auto-édition m’a appris(et pourquoi, cette fois, je n’ai pas eu à sortir mon chéquier)
- Dixie Foucher
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Dans mon précédent article, je vous racontais ce que mon premier contrat d’édition m’avait appris — notamment ce que signifie, très concrètement, publier « à compte d’auteur ». Cette fois-ci, changement de décor : pas de chèque à envoyer, pas d’intermédiaire à qui confier mon manuscrit, et donc personne à qui attribuer les réussites ou les maladresses du livre.
Juste moi, mon texte, et Amazon KDP, ouvert devant moi comme une page blanche un peu trop généreuse.

Reprendre Sainte Rémi des Livres pour en faire L’Hyperlivre n’a pas commencé par une réécriture tranquille, café à la main et musique inspirante en fond sonore. Cela a d’abord été un chantier de démolition. Il a fallu relire le texte avec assez de distance pour admettre une évidence : le roman publié une première fois n’était pas celui que je voulais vraiment laisser partir.
Il avait des idées, de l’ambition, beaucoup d’enthousiasme — et probablement un peu trop de moi partout. Bref : il méritait mieux qu’un simple aller-retour à l’imprimerie.
Être seule à décider
En auto-édition, personne ne vous réunit autour d’une table pour vous dire que tel passage manque de clarté, que tel personnage mérite davantage d’espace ou que votre intrigue aurait besoin de respirer un peu. Personne ne vous donne non plus le feu vert officiel, celui qui permet de penser : « Voilà, c’est bon, le livre peut exister. »
Il y a vous, vos doutes, vos relectures — et cette question qui revient avec une régularité admirable : est-ce vraiment prêt ?
C’est vertigineux, parce que si le livre est raté, il est difficile de chercher un responsable ailleurs. Mais c’est aussi libérateur. Si le texte fonctionne, si la couverture ressemble enfin à ce que vous aviez en tête, si un lecteur y trouve quelque chose qui le touche, alors vous savez exactement d’où cela vient.
Cette responsabilité change la nature de la peur. Elle ne disparaît pas ; elle devient simplement plus honnête.
Publier sans frais d’entrée
Avec Amazon KDP, il n’y avait pas de participation financière à verser avant la publication. La plateforme permet de mettre en ligne un ebook ou un livre papier sans frais d’inscription, sans abonnement et sans stock à constituer. Pour le broché, les exemplaires sont imprimés à la demande : le coût de fabrication est déduit des redevances au moment des ventes, plutôt que payé en avance.
Cela ne signifie pas que l’auto-édition est gratuite au sens absolu. Un livre sérieux réclame du temps — beaucoup de temps — et peut aussi nécessiter des dépenses que l’on choisit d’engager : correction, mise en page, création de couverture, communication ou envoi de services de presse. En auto-édition, l’auteur devient aussi son propre éditeur : il pilote la fabrication, la mise en vente, la diffusion et la promotion.
Mais la différence, pour moi, était essentielle : je choisissais où investir mon énergie et, éventuellement, mon budget. Rien n’était exigé avant même que le livre n’ait rencontré son premier lecteur.
La couverture, le prix, les mots-clés, la date de sortie, le résumé : tout était à décider. C’est grisant. C’est aussi légèrement épuisant, parce que personne ne vous dira jamais : « C’est parfait, publiez. »
Il faut accepter que ce moment n’arrive pas tout seul — et décider, un jour, que le livre est prêt à vivre sa vie.
Ce que je garde
Ce que je retiens surtout de cette expérience, c’est que L’Hyperlivre est devenu le mien sans réserve.
Pas parce qu’il est parfait — aucun livre ne l’est, et c’est probablement très bien ainsi. Mais parce que chaque choix qu’il porte a été fait en connaissance de cause. J’ai repris le texte, assumé ses défauts, tenté de les corriger, choisi sa nouvelle forme et décidé du moment où il fallait le laisser partir.
Cette liberté n’a pas de prix. Même si, ironiquement, elle ne m’a pas demandé de sortir mon chéquier avant la publication.

L’auto-édition ne remplace pas une maison d’édition qui croit profondément en un texte, l’accompagne, l’améliore, le défend et prend le risque financier de le publier. Ce serait lui demander de jouer un rôle qui n’est pas le sien. Une édition à compte d’éditeur implique justement que l’éditeur assure la publication et la diffusion de l’œuvre.ecoute-ecrit+1
En revanche, l’auto-édition peut être une excellente manière de ne pas laisser un manuscrit dormir dans un tiroir pendant que l’on attend une réponse — ou pendant que l’on continue simplement à écrire, à apprendre et à chercher la bonne porte.
Et, parfois, elle permet de transformer un premier livre imparfait en une version qui vous ressemble enfin.




Commentaires